Les plus beaux moments ne s’annoncent pas, ils arrivent tout simplement. Et c’est justement l’élément de surprise qui les rend si beaux.
Jeudi soir, 20h, message texte : “Je suis à l’aéroport, j’attends mon avion pour Montréal mais je vais manquer ma connection pour Paris”. Surprise, grand sourire ravi et joie à la lecture de ces quelques mots. “Appelle-moi lorsque tu arriveras en ville”. 22h, le téléphone sonne. Il est dans un taxi vers chez moi, j’ai offert de l’héberger pour la nuit. Je quitte les amis avec qui je suis pour aller lui ouvrir la porte de mon appartement. Mon sofa étant déjà pris par un autre ami, je lui offre le côté droit de mon grand lit. Il dépose ses affaires et on file rejoindre les amis que j’ai laissé un peu plus tôt.
L’air de rien, sans s’annoncer, tout mon univers venant de basculer. Le fait que nous étions jeudi, que j’étais fatiguée, que le boulot m’attendait le lendemain matin à 9h, la soirée qui s’annonçait moche à jouer les chaperons avec un couple d’amis. Soudainement il serait là, avec moi, en ville. Soudainement, je passerais la soirée avec lui, qui n’était pourtant pas prévu au programme. Soudainement était ma soirée et la soirée passerait forcément trop vite et serait forcément trop courte.
La soirée fut magique, comme le sont toujours les soirées avec lui. On a trop bu. Et évidemment, à 2h du matin ans cette nuit où le froid transperçait Montréal, nous nous sommes retrouvés attablé à la Banquise, devant une poutine qui nous parut être la meilleure que nous n’avions jamais mangé. Il y avait bien trois autres personnes assises devant nous, le couple que je devait chaperonner et une autre chaperonne censée m’accompagner pour que je me sente moins chaperonne, mais même sil elles étaient assises devant nous, c’était comme si elles n’étaient pas là. Nous étions ensemble, bien heureux d’être ensemble, de se parler de vive voix, dans notre bulle. Le reste nous importait peu et les gens assis devant nous ont bien compris que soudainement, c’était eux les chaperons de deux âmes soeurs qui se retrouvaient. Et en plus l’alcool nous montait à la tête.
Nous sommes rentré chez moi. Je me suis couchée la première et je l’ai senti s’allonger à mes côtés sur les couvertures, tout habillé. Et je l’ai entendu se déshabiller et ne garder que ses sous-vêtements et son t-shirt et passer tout doucement sous les couvertures.
J’étais là, étendue sur le côté, dos à lui, avec mon cerveau mais surtout mon coeur qui se faisait mille et un scénarios. J’espèrais un mouvement. Une main sur ma nuque, la chaleur de ses fesses contre les miennes. N’importe quoi en fait. Et en même temps, je me sentais tellement choyée, tellement honorée de l’avoir comme ça, juste à côté de moi dans mon lit. Comme une femme qui dors à côté d’un fauve et qui savoure toute la beauté du moment et le tout petit peu de distance entre elle et le fauve. Si près. Qu’il accepte de s’allonger comme ça à mes côtés, d’autant plus en sous-vêtements. J’avais l’impression d’assister à un moment rare et précieux et je ne voulais surtout pas intervenir d’aucune façon et risquer de m’ingérer dans ce petit moment de bonheur et de briser le tout.
Et contrairement aux autres amis avec qui j’ai déjà partagé un lit sans que rien n’arrive, lui s’est senti assez en confiance pour se tourner, remuer et éventuellement faire migrer sa tête vers mon oreiller. Il était donc là, sa tête contre la mienne, à ronfler dans mes oreilles sans que cela ne me dérange une miette, et son corps assez près du miens pour que je puisse sentir sa chaleur humaine.
Je n’ai pratiquement pas dormi de la nuit. J’étais trop occupée à espérer qu’il s’approche de moi et me touche, trop occupée à attendre sa main sur ma nuque, son bras autour de mon corps, son souffle dans mon cou.
Je me suis levée avant même que le réveil ne sonne et j’ai quitté ma chambre en prennant bien soin de refermer doucement la porte por ne pas que le bruit ne le réveille. Il est tellement beau lorsqu’il dort. Et comme moi, il parle dans son sommeil.
J’étais dans la cuisine en train de sirotter un café quand la porte de ma chambre s’est ouverte. Il était là, debout, en T-shirt et sous-vêtements. Des briefs serrés beiges que je tentais de regarder en faisant des efforts surhumains pour tenter de montrer que je ne les regardais pas.
-Tu n’es pas partie au bureau?
-Ouais, j’y vais dans 15 minutes là… toi, t’as bien dormi?
-Ouais, très bien, c’était parfait.
-Tu veux un café?
-Non, non, c’est bon, je vais retourner dormir un peu…
Et il est resté là debout comme ça pendant 15 minutes, jusqu’à ce que je partes pour le bureau, après m’avoir donné deux bisous sur les joues.
J’aurais voulu l’embrasser juste là, comme ça. L’embrasser encore et encore et encore. L’embrasser jusqu’à ce qu’il se retrouve adossé au mur du corridor et que tout doucement, en l’embrassant, je le pousse jusque dans ma chambre et contre mon lit. Pour que pendant que je l’embrasse tout doucement, je glisse mes mains sous son T-shirt et que mes lèvres se posent sur son cou.
J’aurais voulu passer la journé avec lui, bien au chaud, collé sous les couvertures, à se regarder les yeux dans les yeux, en échangeant des sourires complices qui remplacent tous les mots stupides qui sont parfait dits dans ces moments.
Je suis revenue du bureau à 17h pile. Juste le temps de lui faire la bise avant qu’il ne saute dans un taxi pour aller attraper son vol.
Des fois, je me demande s’il y a un dieu qui influence le cours des choses et qui, dans ce cas précis, lui a fait manqué son avion et l’a amené dans mon lit, en changeant complètement mes plans pour un jeudi soir. Le destin? Sans doute. Sans doute est-ce le destin. Sinon, comment expliquer ces petites coïncidences de la vie qui nous surprennent et nous comblent de bonheur? Le Grand Ordre des Choses peut-être. Le bonheur en tout cas, certainement.