Faut que j’arrête. Faut que je coupe le cordon. Parce que la douleur, cette douleur qui était pourtant complètement absente au tout début, cette douleur qui occupait mon cœur depuis des années et que tu as chassée, cette douleur est de retour. L’air de rien, sournoisement, elle revient occupé l’espace à chaque fois que tu pars en claquant la porte. Un pouce à la fois, silencieusement, la douleur revient et reprend les quartiers de mon âme qu’elle avait déserté. Le soir où tu m’as dit que je n’étais pas une priorité, d’un coup, bang, la douleur a regagné tout un pâté de maison dans mon âme. Un peu comme un cancer qui s’incruste en nous sournoisement, sans bruit, une cellule à la fois jusqu’à qu’il soit trop tard, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de bonheur et que la douleur repris toute la place, comme avant.

Toi et moi, nous aurons été un peu comme une longue route. Longtemps, la route aura été une large autoroute clairement balisée, avec des remparts solides des deux côtés, juste au cas où nous quitterions la route momentanément. Des fois la route aura été sinueuse et dangereuse, offrant au passage et après les tournants de superbes paysages et des moments de bonheur au moins aussi grand que de plaisir d’entendre sa chanson préférée à la radio en roulant un après-midi d’été ensoleillée. Récemment, la route a été difficile, remplie de tempêtes, de plaques de glace noire qui ont donné lieu à plusieurs dérapages. Sauf qu’aujourd’hui, notre route est rendue si mal balisée, si petite et si abandonnée que j’ai de la difficulté à différencier la route et les toujours plus nombreuses sorties. Alors forcément, un jour prochain pendant un de nos dérapages, je confondrais la route avec une sortie et je quitterai la route sans possibilité d’y revenir.

J’aurais tellement aimé que notre route dure toujours, ensoleillée et juste assez tortueuse pour qu’on en apprécie pleinement les détours imprévus. J’aurais voulu éviter toutes les sorties. J’aurais voulu conduire jusqu’au bout du monde avec toi, sur notre route vers le soleil couchant.

Mais faut que j’arrête. Faut que j’appuie sur les freins maintenant pour éviter de trop déraper et de trop me faire mal dans la collision. Faut que je prenne la prochaine sortie chéri, il n’y a plus d’autre choix. Il n’y a plus d’essence.