Ça ne devait pas arriver. C’était clair que ce n’était pas prévu du tout. Après tout, je ne fais jamais ça. JAMAIS.
Il a vu mon profil sur un site de rencontres et m’a envoyé un message. “Joli ton profil, j’aime ton sourire.” J’ai regardé son profil et il n’était ni particulièrement beau ni particulièrement laid. Je lui ai refilé mon adresse MSN. Déjà là, je ne fais jamais ça si rapidement. Parce que tout ce que ça donne quand je fais ça, c’est des gens que je dois bannir parce qu’ils sont obsédés, alcooliques, pervers ou je ne sais quoi. Mais je ne sais trop pour quoi, je lui ai donné une chance.
Deux heures plus tard, il m’ajoutait à sa liste MSN et on clavardait. Tiens donc, je connais quelqu’un qui connait quelqu’un qui te connait, ouais, le monde est petit. On jase un peu, les questions d’usage. Rien d’extraordinaire. Il était passé 22h. Il voulait qu’on se voit. J’ai refusé de sortir. Je ne vais certainement pas sortir un soir de semaine à cette pour rencontrer un mec que je ne connais pas et que je n’ai jamais vu. Je ne fais jamais ça. Jamais.
Il a offert de venir chez moi à la place. Jamais de gars chez moi, surtout pas de mecs que je ne connais pas, c’est une question de sécurité. Jamais. De toute façon, lui ai-je dit, je suis en pijama, j’ai les cheveux tout défait, je ne suis pas présentable. Pas ce soir, il est tard, c’est la semaine. De toute façon, on ne se connait pas, non, non, non.
Le pijama et le look broche-à-foin ne lui faisait pas peur. Même un pijama avec des dessins bizarres. Ouais mais j’ai des animaux en plus, l’appartement est un sacré foutoir. Non, vraiment, pas ce soir. Non. On ne se connait pas.
Le pijama, le look et même les animaux ne le dérangeaient pas. Bon. J’ai fini par faire ce que je n’ai jamais fait de ma vie. J’ai finir par lui dire de venir chez moi et je lui ai donné mon adresse et même mon numéro de téléphone. Mais pas mon nom, bizarrement. Jamais au grand jamais ce n’avait fait ça de ma vie. Après tout, même les manuels de gardiennage averti les plus basiques expliquent de ne pas donner son adresse et son numéro aux étrangers.
Il est arrivé et il était présentable. Il sentait bon même. Ça a cliqué. Il n’a pas fini son verre d’eau. Nous nous sommes collés et caressés. Il était tout ce que j’ai toujours rêvé d’avoir comme homme.
Sa présence était le résultat d’une longue suite de trucs que je ne fais jamais, il était le doux résultat d’une longue suite de ce qui normalement auraient été des erreurs ridicules. Et il était tellement beau, tellement doux et tellement parfait que j’en suis venue à la conclusion qu’il ne pouvait pas être vrai. Il est reparti dans la nuit mais il est revenu quelques jours plus tard. Puis encore.
Moi qui est habituée à des amours compliqués qui ne fonctionnent jamais. Moi qui est habituée à la déception perpétuelle. Moi qui est habituée à des sous hommes et à des trucs qui ne fonctionnent jamais. Ça fait bien des années que je ne suis pas eu de coup de foudres aussi forts. En fait, je ne pense pas avoir eu de coup de foudre aussi fort de ma vie. Pas depuis que j’ai plus que 15 ans en tout cas.
Moi qui ne veut pas d’enfants. Moi qui n’arrive pas à me donner et à faire confiance à un homme. Je le connais à peine, je n’ai même pas son numéro de téléphone encore que je voudrais vivre avec lui, me réveiller à ses côtés, l’embrasser sur chaque centimètre de son corps, lui faire des enfants et l’aimer jusqu’à la fin de temps.
Pour l’instant, je prie qu’il me rappelle. Je prie pour avoir la joie, le bonheur et l’extraordinaire plaisir de me réveiller bientôt à ses côtés. Je prie pour ouvrir les yeux à ses côtés et sentir ses bras autour de moi.

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