Penser à lui. C’est tout ce que j’ai fait de la fin de semaine. Tout était prétexte à penser à lui. Le feu dans le foyer du salon me faisait rêver qu’il soit à mes côtés pour transformer le moment en soirée romantique. La bouffe décadente avec les amis m’amenait à me demander ce que les acolytes penseraient de lui, ce que lui, il répondrait aux grandes questions de cette discussion ou de celle-là. Et mon lit, mon grand lit double où je dormais seule et où à chaque seconde je rêvais de me retourner, d’ouvrir les yeux et de le trouver à mes côtés. J’avais envie d’aller marcher dans la neige avec lui. Envie de me perdre entre les conifères avec lui. J’avais envie de marcher dans la brume nocturne jusqu’au bout du monde en autant qu’il me tienne la main. Je voulais partager une bouteille de vin avec lui, au pied du foyer, en réinventant le monde.

Je dois apprendre à aimer convenablement parce que pour l’instant, mon coeur se meurt à chaque fois de mes amours au singulier. C’est trop facile d’être en amour. C’est trop facile d’aimer. Mais ça me tue. Parce que je ne veux pas aimer. Je ne veux pas encore une fois être en amour avec quelqu’un. Je veux que nous nous aimions. Je veux que nous soyons en amour l’un avec l’autre. L’amour à sens unique est un danger mortel parce qu’il ne se pratique que dans des cul-de-sac et que forcément, on finira toujours par frapper un mur puisque personne ne sera là pour nous retenir.

Et puis en même temps, bordel, comment dire à un homme qu’on n’a rencontré que 3 fois dans sa vie qu’on pense, non, qu’on est convaincue, en notre âme et conscience, qu’on le sent en soi-même profondément qu’il est l’homme de notre vie. Comment lui dire qu’on n’a jamais rien ressenti de tel de toute notre vie et qu’on veut l’épouser, l’aimer et être la mère de ses enfants et son amante à jamais même si on ne l’a vu que trois fois?

Cher Beau,

Je t’écris cette lettre parce que ton absence me crève le coeur. Parce que je pense à toi à chaque moment et que chaque nuit passée loin de toi est une nuit perdue et gâchée. Cher beau, je passe mes soirées à surveiller ma liste MSN en priant le ciel que ton avatar passe au vert et que tu m’écrives quelque chose. Écris-moi, je t’en supplie c’est intenable.

Cher beau, je sais que ça ne fait que trois fois qu’on se voit. Je sais que c’est peu. Je sais que ce n’est rien en fait. Je sais bien qu’une grande déclaration solenelle est ridicule. Je sais bien que tu partiras en courant et que tu me bloqueras certainement de ta liste MSN. Je sais tout ça. Je connais les hommes assez pour connaître la destruction massive qu’une déclaration officielle peut causer. Un Hiroshima qui ne laissera que des coeurs en lambeaux. Je sais tout ça.

Mais beau, nous avons déjà perdu trop de temps. J’ai connu l’amour, le lent qui prend du temps, l’instantané, le profond sans rien dire, le faux et le laid aussi. Mais je ne t’avais jamais connu toi. Pour la première fois de ma vie, j’ai été frappée par la foudre. Pour la toute première fois, mon âme a tremblée. Ta présence rejoint directement mon âme. Tu as réveillé en moi un truc dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Moi qui était morte depuis des années déjà. Moi dont l’âme n’était que cendres depuis si longtemps. Tes lèvres m’ont fait naître à nouveau, je suis née à nouveau. Tu m’as redonné vie et je respire comme si c’était la première fois.

Beau, je t’écris parce que je ne sais pas trop comment te le dire sans te faire peur. Je t’écris parce que tu es l’homme de ma vie. C’est mon âme qui me l’a dit après qu’elle se soit réveillée à cause de tes baisers. Moi qui n’a jamais voulu me marier, je ne rêve que de t’épouser. Moi qui n’a jamais voulu d’enfant, je ne rêve que de porter les tiens. Je veux abandonner ma vie pour qu’on puisse commencer la nôtre. Je veux te border tous les soirs pour le restant de ma vie. Moi qui a toujours voulu mourir jeune, je veux vieillir à tes côtés et rire avec toi en regardant nos petits-enfants. Je veux m’endormir sur tes genoux pendant ta main cajolle mes cheveux frisés. Je veux que tu sois la première chose sur laquelle mes yeux se posent le matin au réveil. Je veux poser ma tête sur ton épaule. Je veux sentir tes bras autour de mon cou.

Beau, tu es l’âme de ma vie, celle dont je n’ai jamais soupçonnée l’existence. Tu es ce qui n’arrive jamais. Tu es ce qui n’existe pas. Mais tout ce que je pensais n’était de toute évidence qu’une vulgaire erreur puisque tu es là, dans ma vie. Mon âme ne peut que se nourrir de ton âme. Tu as créé mon âme et maintenant elle te réclame. Tu es clairement l’âme de ma vie. Ce n’est pas un choix ou une décision que je peux prendre. C’est mon âme qui t’as choisie. Je n’y peux absolument rien.

Beau, je ne sais pas trop comment te le dire. À genou devant toi ou en te le chuchotant au creux de l’oreille mais le résultat est le même. Il n’y a pas d’autre solution, il n’y a pas d’autre option. Tu es ma vie, ma nouvelle vie. Tu es ce qui me permet d’être moi. Tu es à la fois mon énergie et ce que je suis. Mon âme t’appartient et tout ce que je veux, c’est prendre soin de ton âme à toi pour l’éternité.

T’embrasser tendrement le front toutes les nuits et te serrer dans mes bras tous les matins. Mon âme est dans tes mains et tout ce qu’elle veut, c’est que tu en prennes bien soin.

Beau, si je t’écris cette lettre maladroite et trop longue, c’est pour te demander de faire l’infaisable. De faire ce que tout ton être trouve impensable. Je te demande de m’aimer pour l’éternité, de t’occuper de mon âme et surtout, je te demande de me laisser t’aimer d’une façon qui n’est pas censée exister. Je te demande de fermer les yeux et de sauter dans le vide en me tenant la main.

Beau, mon âme est si certaine, si convaincue que tu es celui qui devait arriver. C’est comme un trou noir au coeur de ma poitrine, comme un pulsar qui m’aspire de l’intérieur. Et si la vie avait finalement une raison d’être après tout? Si nous devions arriver? Si malgré nos marées et nos naufrages, nos âmes ne pouvaient que se rencontrer un jour ou l’autre? De toute ma vie je n’ai jamais été aussi certaine de rien. Mais cette fois-ci, je le sais, je le sens, je le ressens. Ça m’empêche de dormir et j’ai de la misère à respirer.

Beau – mon âme t’appartiens. Elle s’est réveillée à tes baisers, elle ne vit que pour ton souffle.

Je sais que cette lettre ruinera sûrement tout. Je sais que comme tous les hommes, tu prendras sans doute tes jambes à ton cou devant un ouragan de mots d’amours si dangereux. Je sais bien qu’on ne se connait pas. Je sais tout ça.

Je sais tout ça et je t’aime.

Penser à toi. C’est tout ce que j’ai fait de la fin de semaine. Et là, une fin de semaine de quatre jours est à nos portes. Putain que c’est long quatre jours entiers à penser à toi… 345 600 secondes, 5760 heures. Putain que c’est long lorsque tu n’es pas là avec moi.