C’était un peu surréaliste. Et pas prévu du tout mais pas du tout. On ne s’était jamais rencontré. On n’avait qu’échangé nos courriels il y a une semaine et puis on s’est ajouté à nos listes MSN respectives. Puis ça n’en finissait plus, on échangeait jusqu’à tard dans la nuit. Comme si on était des ados, incapables d’arrêter.

Et puis mardi le printemps est arrivé sur la ville. J’avais donc envie d’en profiter pour voir la ville se réveiller et sortir de son hibernation. J’avais aussi envie de stimuler mon cerveau. J’avais envie d’être assise sur un toit avec un mec et d’avoir une grande conversation sur tout et sur rien, une conversation où on réinvente le monde sous le ciel étoilé et à la lumière des gratte-ciels qui nous enveloppent.

Il s’est offert. Juste comme ça. On ne s’était jamais vu et pourtant, il était prêt à monter sur les toits de la ville avec moi. On ne s’était pas rencontré encore qu’il me faisait confiance et qu’il était prêt à me suivre jusqu’au bout du toit à défaut du bout du monde.

Le lendemain, on se donnait rendez-vous pour que je l’amène sur les toits. Il était 20h lorsqu’il m’a rejoint. Il faisait noir et froid.

Ses yeux. Ses superbes yeux bleus perçants. Bleue comme la Méditérannée par une journée ensoleillée d’été. Quels beaux yeux. Cet homme est parfait ai-je pensé.

La montée vers le toit fut périlleuse pour lui. Je l’ai senti, il a douté plusieurs fois. Il a songé à rebrousser chemin, je l’ai entendu dans son souffle. Mais malgré tout, il m’a suivi, il s’est laissé guidé. Il m’a fait confiance même s’il ne me connaissait pas. Et sa vulnérabilité, ses doutes, m’ont totalement charmé. J’ai craqué.

Une fois arrivé sur le toit, on s’est assis tranquille pour admirer la vue quelques minutes. Puis devant le froid de la nuit, nous avons décider de s’installer à l’intérieur, à l’abri du vent mais assez proche de la porte pour profiter au moins minimalement de la vue. J’ai allumé quelques chandelles à la fois pour nous garder au chaud et pour nous éclairer. J’ai sorti de mon sac une bouteille de vin et deux coupes. Il a sorti une grosse Toblerone. Et puis on a parlé. On a discuté, on a rit aussi. Nos regards se sont croisés de plus en plus. Quels beaux yeux bleus. Il est charmant. Cet homme est vraiment parfait me suis-je répété.

Puis, au fil des rires, au fil des regards, nos mains se sont frôlées. Puis nos doigts se sont enlacés. Nos corps se sont rapprochés.

C’était comme si le temps s’était arrêté. Collé l’un sur l’autre dans la nuit froide, à la lueuru de quelques chandelles. On ne voulait plus arrêter. On voulait simplement rester là, collé. À s’embrasser. Plus de demain, juste un maintenant. Uniquement un maintenant. Ensemble. Ça nous a pris plusieurs efforts pour nous convaincre de se décrocher des bras de l’autre.

Lentement, on est redescendu sur le plancher des vaches pour y découvrir une ville endormie. J’ai pris mon cellulaire pour voir l’heure. Il indiquait 2h36 du matin.

On a donc attrapé un taxi vers nos appartements respectifs.

Et tout au long du trajet, on affichaittous les deux de grands sourires niais. On se regardait avec des étoiles dans les yeux en secouant la tête d’incrédulité devant cette soirée extraordinaire sortie de nul part. Le temps a filésans qu’on ne le voit. Il s’est produit quelque chose sans qu’on sache trop quoi. Un petit moment de magie qui ni lui ni moi n’attendions ou n’avions prévu. On secouait nos têtes en disant “wow, hé ben…”. Avec sur nos visages les étoiles qu’on venait de décrocher du ciel et de grands sourires niais. Le sourire des amoureux qui se sont finalement trouvé après toutes ces années et que rien ne peut plus déstabiliser car ils ont l’autre et ils savent que peu importe ce que la vie leur réserve, ils auront toujours une épaule au creux de laquelle aller se réfugier.