C’est lui qui m’a contacté. Il avait aimé mon profil sur un des 8 (huit ouais) sites de rencontre sur lesquels j’ai un profil. Nous avons échangé quelques messages, puis nous nous sommes mutuellement ajouté
nos listes MSN. Re-discussions, puis que fais-tu mercredi soir? On pourrait se voir…
Rendez-vous dans un bar à vin fort sympathique. Je suis arrivée en premier alors j’ai choisi une des grandes banquettes à l’arrière de l’endroit, près du bar et du coin où les serveurs se tiennent entre les commandes des clients. On y voit surtout des gens d’affaires, des médecins et quelques quidams branchouilles du Plateau.
La soirée se déroulait bien. Des tonnes de sujets de conversation permettait au temps de couler relativement rapidement. Du vin et de la bonne bouffe en plus. Le mec devant moi est un verbomoteur. Il parle assez fort pour que j’entende les voisins assis dans la banquette derrière moi y aller à l’occasion de commentaires sur ce qu’il me raconte.
Il a une copine, avec qui il est depuis 10 ans. Un couple “open”, ce concept très 21e siècle qui pourtant ne me parle tellement pas. Qu’est-ce que ça veut dire un couple “open”? Qu’on n’est pas vraiment bien ensemble amis que bon, mieux vaut être mal accompagné dans la vie que d’être seul donc on couche avec qui on veut mais on se retrouve pour dormir ensemble, payer la maison dans la 450 et baiser quand on n’a personne de plus intéressant de disponible? Ou est-ce plutôt qu’elle préfère le laisser gambader à gauche et à droite parce qu’elle ne peut pas vraiment le combler et qu’elle préfère ça à l’idée de le perdre complètement? J’ai jamais vraiment pigé. Et puis il est bisexuel. Elle aussi qu’il me dit. Un autre truc que je n’ai jamais trop saisi. On aime les filles ou les garçons mais peut-on vraiment aider les deux également, sans préférence? De la même façon qu’on aime le salé et le sucré, des fois même tous les deux en même temps. Mais alors ne devrait-on pas simplement dire qu’on aime le sexe, tout simplement?
Tout allait bon train, sauf dans les moment où il me parlait de ses expériences sexuelles dans des clubs échangistes de la métropole, ainsi que les partouzes qu’il organise – un événement annuel attendu semble-t-il – chez lui. Et toutes ces conversations en parlant assez fort pour que les oreilles des voisins de banquettes et des serveurs entendent, ce qui me gênait drôlement je dois dire.
On a fermé le bar ce soir-là. On s’est longuement embrassé devant la porte principale de l’endroit. Je sentans les regards des serveurs à travers les fenêtres, sans doute y allaient-ils de commentaires vulgaires sur la perversité du mec en question et de ses histoires orgiaques racontées littéralement à haute voix. J’aime pas qu’on me regarde et qu’on me juge quand j’embrasse.
Mais j’aurais dû m’en douter, c’est toujours la même chose avec les mecs. Plus ils parlent de cul, plus ils se vantent de leurs expériences et de leurs prouesses et plus mauvais amants ils sont. À croire qu’ils compensent ainsi, sans se rendre compte que si leur propre stratagème fonctionne, forcément, ils se feront prendre au jeu et devront bien réaliser qu’on se rendra compte tôt ou tard que leurs histoires ne sont pas représentatives de la réalité. C’est toujours pareil. Et lui, clairement, il en parlait vachement trop.
Au cours des jours suivants, on a poursuivi nos conversations virtuelles via MSN. Un peu plus d’une semaine plus tard, on s’est revu. Chez moi cette fois, pour la baise. Il était là, contre moi, on s’embrassait, je l’excitais et je sentais son membre bien dur pendant que je le caressais. Et puis rien. Plus rien du tout. Plus de bandaison. La débandade totale. La réponse classique de fille : “C’est pas grave”, ce qui revient évidemment à dire au mec en question qu’en fait c’est essentiel et donc que toute cette débandade est vraiment nulle et que tant qu’à tomber sur un mec mou, j’aurais bien pu passer la soirée avec Monsieur Dildo à la place. Lui au moins, il n’a jamais de difficultés érectiles.
Il avait quand même beaucoup de talent. Il connaissait le point G et savait très bien quoi faire avec cette zone mystérieuse de l’anatomie féminine. (oui, messieurs, le point G existe vraiment).
Mais c’était quand même surreél. J’étais là, toute étendue sur le dos, les jambes toutes grandes ouvertes pendant qu’il me donnait un orgasme avec sa main droite et avalait un verre d’eau de la main gauche. C’est exactement pour éviter ce genre de situations absurdes que les hommes ne devraient jamais faire de multitâche.
Malgré tout, question de préserver l’ambiance, je caressais son membre avec mes mains et ma bouche. Je me suis rapidement appercue qu’il retrouvait alors son érection aussitôt que son pénis était dans ma bouche mais la reperdait à la seconde où mes lèvres quittait son membre.
Et puis soudainement, pendant que ma main caressait ses testicules j’ai senti quelque chose d’étrange. L’égo mâle est une bête fragile et les filles se doivent toujours de faire preuve d’une délicatesse digne de la gestion de la crise des missiles cubains quand il vient le temps de questionne l’organe sexuel masculin. Évidemment, impossible de demander directement qu’est-ce que c’est que ce truc. Pas moyen de lui écarter les jambes et regarder le tout en face. Alors on tâte avec la main tout en caressant doucement, l’air de rien et sans mot dit.
Une troisième testicule. Un deuxième scrotum. Bon en soit c’est pas grave mais ça aurait quand même été gentil de le mentionner disons. Comme une fille qui a un troisième sein au milieu de la poitrine devrait aussi le déclarer quoi. Ce genre de surprise ne devrait pas être découverte dans le milieu de l’action.
Après avoir abandonné la partie devant la détermination de son sexe à ne pas présenter d’érection digne de mention, il s’est retrouvé allongé, à côté de moi, dans mon lit, à me raconter encore une fois ses expériences de gang bang d’une voix assez forte pour que je me demande comment je pourrais regarder mes voisins d’en haut en face dans les yeux la prochaine fois que je le croiserais dans l’escalier. Quoi leur dire? “Ne vous en faites pas, il ne reviendra pas, de toute façon, il ne bande même pas.” Bah, mieux vaut se taire dans ce genre de situation vraiment.
Il s’est r’habillé et je l’ai accompagné jusqu’à la porte. “Ouais, faudrait que je fasse un souper bientôt pour que tu rencontres ma blonde, je lui ai beaucoup parlé de toi.”
Ouais, bien sûr. Bien sûr.
Faudrait aussi que tu arrêtes tes histoires parce que c’est clair que non seulement c’est n’importe quoi mais en plus, tu ne peux pas avoir trompé ta blonde dans des orgies, tu ne peux même pas avoir une érection tellement tu te sens coupable de la tromper…
L’honnêteté, c’est peut-être moins excitant qu’une orgie mais c’est drôlement plus bandant je trouve…