Je n’ai pas les mots. Je n’ai pas de mots pour te dire, pour te raconter l’effet que tu me fais. Par dessus tout, je n’ai pas les couilles pour te dire ce que tu me fais. C’est étrange quand même, on s’est rencontré à Paris, l’air de rien. Je ne t’ai trouvé ni beau ni laid, j’étais avec mon copain. J’en ai rien pensé. C’était sympa, c’est tout.
Et puis le temps a fait son oeuvre, au fil de nos soupers à réinventer le monde à Montréal, à Paris ou ailleurs. C’était presque thérapeutique de réinventer le monde, de se questionner, de se poser des milliers de questions, de se demander pourquoi ceci et pourquoi celà.
Deux années ont filé, tout doucement, comme la neige au soleil un jour de printemps. Ton départ de Montréal m’a fait réalisé à quel point ton absence était immense. À quel point ta présence avait pris de la place dans ma vie.
Je ne peux pas trop l’expliquer, je ne peux pas trop mettre le doigt sur un moment précis, sur une journée datée dans mon calendrier, mais voilà, c’est arrivé. Enfin, je pense qu c’est arrivé, mais dans le fond qu’est-ce que j’en sais.
Il y a quelques années, un homme m’a coupé les ailes. Il m’a enlevé le moyen de voler et de toucher le ciel. Je suis tombée bien bas, complètement en bas, sur le plancher des vaches, juste un étage au-dessus de l’enfer. Plus moyen de reprendre mon envol, plus vraiment moyen de rêver ou d’atteindre de nouveaux horizons plus ensoleillés. Plus moyen de fuir la noirceur et le froid.
J’étais prise dans cette vallée obscure d’où je ne pouvais pas m’envoyer. Après mettre remise du choc de la chute, je me suis lentement et difficilement relevée et j’ai marché. Marché, marché, marché et encore marché. J’ai réappris à Marcher. En fait, j’ai marché jusqu’à ta rencontre. Et puis tout doucement on a commencé à marcher ensemble, en s’appuyant un sur l’autre dans les moments d’obscurité. Je t’ai fait confiance comme ça ne m’était arrivé depuis qu’on m’a coupé les ailes. Sans même trop savoir pourquoi, sans rien en attendre surtout, j’ai tendu ma main et tu l’as saisi snas jamais la lâcher.
Et puis un jour, la vie t’a amené ailleurs, comme elle sait si bien le faire quelques fois. Tu as quand même pris le temps de m’avertir avant de lâcher ma main, en prenant le temps de me dire tout doucement que même si la vie t’amenait ailleurs, tu serais toujours là pour saisir ma main au besoin. Ta main serait toujours là pour moi, pour m’aider à me relever au besoin. Et lorsque je suis tombée, lorsque j’ai senti mon fragile équilibre me quitter et menacer de me faire tomber, ta main était là pour me guider. Tu m’as attrapé.
Ce matin en me réveillant, j’ai senti quelque chose dans mon dos. Comme un poids supérieur qui partait de mon coeur et qui me transperçait les omoplates. Je me suis approchée du miroir et je les ai vue – elles étaient bien là, toute petites encore et toutes fragiles mais elles étaient là. J’ai retrouvé mes ailes. Je ne peux pas encore voler mais elles sont là et j’ai confiance qu’avec ta main si rassurante et juste un petit peu de chance, elles grandiront et qu’un jour, je pourrai à nouveau m’envoler et enfin m’enfuir de ma vallée obscure où je suis tombée il y a quelques années déjà.
Tu sais, je n’y croyais plus du tout. J’avais perdu espoir. Je m’étais éteinte en fait, j’étais résignée. Je ne pensais pas, en fait, que des ailes pouvaient repousser de la sorte. On m’avait pourtant dit que nos ailes sont uniques et que si on les abîmes ou pire, si on nous les coupe, c’en est fini à jamais.
Et je ne l’ai jamais dit à personne mais j’avais peur. J’étais terrorisée. Peur de devoir rester dans cette vallée sombre pour toute ma vie. Je m’y étais résignée, convaincue que j’ai quand même eu la chance unique de voler si haut et si loin un jour que je me devais d’apprécier la chance que j’avais eu dans le passé et accepter le prix à payer pour avoir eu autant de bonheur, c’est-à-dire finir mes jours dans cette vallée obscure et froide en solitaire.
Je ne faisais plus confiance à personne. On m’avait bien coupé les ailes alors si cela était possible, tout était certainement possible. J’en étais venue à la conclusion qu’il valait mieux éviter les contacts humains dans ces circonstances, qu’il serait moins douloureux de ne pas avoir de contacts plutôt que de me faire rappeller continuellement que je n’avais plus d’ailes et que je ne pouvais plus voler vers le bonheur.
Et puis toi. L’air de rien. Comme ça, tu m’as aidé à me relever d’abord. Ensuite, tu as marché avec moi. Et puis maintenant, mes ailes qui repoussent. Oui, elles sont encore fragiles et toutes petites, mais elle sont là. Et ça, en soit, je n’y croyais plus.
L’air de rien, je reprends confiance. L’air de rien, je remarche. L’air de rien, je reprends des forces. L’air de rien, j’en envie de m’envoler avec toi. L’air de rien, j’ai confiance en toi. L’air de rien, je me suis remise à aimer à nouveau et à faire confiance aux hommes. L’aire de rien, je n’ai plus peur d’aimer. L’air de rien, j’ai moi-même envie d’aimer à nouveau. L’air de rien, j’ai envie de t’aimer.

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8 juillet 2009 à 5:58
Natasha
Bonjour,
Je ne sais pas qui tu es et je vais rarement sur les blogs. Je suis tombée par hasard sur le tien en faisant une recherche sur « vieille âme ». Et j’ai lu plusieurs de tes textes. Ils m’ont touchée parce que je m’y suis reconnue à plusieurs endroits. Ils sont très beaux, très sincères et ils m’ont fait pleurer.
J’espère que tout va bien pour toi dans ton âme, ton coeur et ton corps.
Merci.
Natasha